Des racines et des elles.

Le procès Baupin

Un procès extra-ordinaire pour des violences devenues banales

Vendredi 8 février vers 23h, alors que le procès intenté contre nous par Denis Baupin se termine et que Madame la procureure vient de demander la relaxe, nous avons eu l’occasion de dire un dernier mot. Voici le mien

Nous sommes arrivés au dernier jour de ce procès étrange et fort à la fois où nous n’étions pas victimes mais accusées, où celui qui a porté plainte contre nous n’est jamais venu mais a envoyé ses ex-compagnes et sa femme à sa place, où pour la 1ère fois, des hommes, des militants et cadres d’un parti, sont venus à la barre dire qu’ils savaient et qu’ils auraient dû agir, pour dénoncer, pour nous protéger.
Je les remercie de leurs mots et de leurs regrets.

Les femmes victimes de harcèlements et d’agressions sont résilientes. Nous avons mis notre mouchoir par-dessus, mis notre dégoût et notre mal-être sous le tapis. Pourquoi ? Pour avancer, pour travailler, parfois aux côtés de nos harceleurs et agresseurs, pour vivre, tout simplement.

Souvent les souvenirs ressortent, remontent de sous le tapis ; 6 mois, 10 voire 30 ans plus tard, à la faveur d’un choc émotionnel, d’un article, d’un témoignage. C’est ce qu’il s’est aussi passé pour certaines d’entre nous. Et c ‘est en n’étant plus dans le déni que l’on peut se reconstruire. Dans mon cas c’est en confiant mon histoire à deux journalistes à la déontologie irréprochable, capable de mener une enquête sérieuse et surtout respectueuse. Je leur en serai à jamais reconnaissante.

En 2019 en France, les femmes savent lire Maître Pierrat ! A Roubaix ou ailleurs, nous savons lire l’article 222-33-2 du code pénal, c’est même fait pour ! Pour que nous puissions comprendre ce qu’un homme peut nous faire ou pas, ce qui n’est pas normal, ce qui est répréhensible, et heureusement que nous avons progressé sur ce sujet. Mais visiblement pas assez…
« Non merci » avec un smiley gentil ne se transforme pas en « oui », « no thanks » c’est pas « yes » et « Nej tack » ne sera jamais « ja » !

Nous ne sommes pas des morceaux de viande à disposition de certains hommes. Non. Nous sommes des êtres humains avec les mêmes droits, le droit de disposer de notre corps. C’est ça le consentement, c’est ça que Denis Baupin n’a jamais compris.