Des racines et des elles.

Semons des graines de consciences !

Ce pourrait être un bon slogan pour, à la fois, sauver la bibliothèque de la ZAD menacée de destruction et promouvoir les « maisons de semences » comme celle de Jean-Luc Danneyrolles, gardien de « semences paysannes » et passeur de savoirs.

De passage un après-midi de mai à Uzès, le hasard, qui n’existe pas, m’a placé sur le chemin de Jean Luc Danneyrolles. Pas n’importe où. A la bibliothèque, ou plutôt, à la très belle médiathèque de cette très belle ville.

Le potager d’un curieux

Ce paysan de 55 ans venait nous parler de l’histoire des semences, des jardins et de ceux qui prennent soin de la terre…ou pas. Militant infatigable de la préservation des semences paysannes, il cultive depuis plus de 30 ans « le potager d’un curieux » à Saignon dans le Lubéron. Il transmet et ses serres grouillent d’apprentis permaculteurs du monde entier.

L’occasion était belle, la médiathèque s’agrandissait d’une grainothèque ! Nous allions donc entendre parler de graines, mais pas seulement. Cette conférence était ponctuée d’histoires personnelles, drôles et surtout émouvantes, ponctuée également de belles citations d’auteur.e.s et de philosophes.

Les idées rebondissaient en permanence. De la première mondialisation, la découverte de l’Amérique, qui nous amena une multitude de légumes nouveaux, à la deuxième, qui vit l’explosion des jardins familiaux et ouvriers fin 19ème. De la philosophie à la (gri)culture, des printemps arabes aux expérimentations de la ZAD, des dessins de la grotte Chauvet aux tableaux d’Arcimboldo.

J’ai appris énormément. J’ai absorbé comme une éponge le maximum de choses, noté pour ne pas oublier. En parlant d’oubli, j’ai ainsi découvert Nikolaï Vavilov, agronome et académicien russe condamné par Staline à mourir de faim en prison en 1940. Vavilov avait créé la première banque de semences du monde. Dans son institut de Léningrad, un groupe de chercheurs se relaya pendant les 28 mois de siège pour protéger leur trésor, les 250 000 échantillons de graines et de plantes. Neuf d’entre eux y perdirent la vie.

D’Uzes à la ZAD

Mais tandis que j’écoutais, concentrée, mon cerveau faisait tout le trajet en diagonale du Lubéron jusqu’à la ZAD, tout le trajet de la si paisible bibliothèque d’Uzès à celle du Taslu, si jeune et si fragile…

Le projet de la bibliothèque du Taslu a été rejeté par la préfecture de Nantes. Ce n’est pas un projet agricole. Ce n’est pas un projet individuel. Exact ! C’est du collectif ça Madame (la préfète), c’est un bien commun, et il faut absolument que ça le reste !

Et pourquoi les habitants du bocage n’auraient ils pas le droit de feuilleter à leur guise les livres du Taslu ? D’y entendre Alain Damasio parler de  Zone Abondamment Désirable ? Est-ce parce qu’on y apprend la vie dans une société non capitaliste et post-industrielle ? Est-ce parce que « 1984 » d’Orwell et les livres de la collection Anthropocène des éditions du Seuil y sont particulièrement représentés ?

C’est une bibliothèque « pour permettre à nos imaginaires de dériver par-delà la terre ferme » *

La terre, nous y revenons automatiquement « puisqu’elle nous nourrit 3 fois par jour » sourit Jean Luc Danneyrolles. Graines et livres, rangés et étiquetés. Conservés et transmis, gratuitement. Tel est le destin des biens communs.

Bibliothèques ou « maisons des semences » même combat ! Elles gardent des trésors de savoirs, ceux qui nous permettront de vivre pendant des générations. Il s’agit d’en faire germer le plus possible, partout, et d’empêcher que ces savoirs ne tombent exclusivement et définitivement dans les mains de multinationales, dont le but est de les monnayer, cher, très cher.

Je suis sortie du patio d’Uzes complètement sonnée par les émotions qui s’étaient succédé en juste 90 minutes. Cet orateur passionné sait que notre monde capitaliste pétrolier va bientôt s’effondrer. Il parle même de « Capitalocène » au lieu d’Anthropocène pour décrire notre période. Il a raison. Tous les Hommes sur cette Terre ne sont pas responsables de l’état dans lequel se trouve notre planète. Les peuples indigènes n’ont rien demandé et n’ont rien détruit, eux.

Jean-Luc Danneyrolles et les habitants de la ZAD préparent le monde d’après.

Ils se battent pour notre survie, comme tous ceux qui ouvrent des éco-villages, des oasis, des écoles alternatives, des jardins partagés, des lieux de rêves autorisés.

Nous parlons de notre avenir, de celui de nos enfants. Livres et cultures fabriqueront des têtes remplies de sens critique. Manger sainement nous maintiendra en bonne santé sans recourir aux laboratoires pharmaceutiques. Émancipation citoyenne et autonomie alimentaire. Deux sujets apparemment suffisamment subversifs pour rayer la ZAD et sa bibliothèque de la carte.

Nous ne pouvons pas laisser faire.

 

*http://danactu-resistance.over-blog.com/2018/05/nddl-menaces-sur-la-bibliotheque-le-taslu-sur-la-zad.html

La plaine trahie

Répondant à l’appel des habitants de la Zad de Notre Dame des Landes, j’ai été témoin dimanche 15 avril de la violence inutile et disproportionnée des forces de l’ordre. Mais j’ai aussi été marquée par la similitude avec le scénario et les dessins de la BD dystopique « Résilience ». Voici pourquoi.

Le 24 mars dernier, me voilà collée à la vitre de ma librairie préférée et locale (Métropolis, à Bayeux), mon regard rivé sur une bande dessinée nommée Résilience et signée Lebon et Poupelin. Je me rapproche pour observer la couverture où des « robocops » d’un futur pas si lointain bloquent le passage de citoyens blessés, dans une forêt verdoyante. Il s’agit du tome 2 : « La vallée trahie ».

Après deux semaines d’hésitation, je ne tiens plus et j’achète les deux tomes.

Si je vous précise la chronologie de cette histoire, à première vue banale, de coup de cœur littéraire, c’est que deux jours plus tard, alors que les négociations suivent leur cours entre les occupants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes et Mme Klein, préfète de Loire Atlantique, 2.500 CRS et gendarmes mobiles déboulent dans la ZAD avec des blindés.

La colère, la tristesse ne nous ont pas quittés de la semaine, ma petite tribu familiale et moi, au fur et à mesure que les images des journalistes de Reporterre, Mediapart ou Taranis News nous parvenaient, sans oublier l’indispensable site d’information de la Zad. Les messages aussi affluaient de la part des amis vivants sur place, décrivant l’extrême violence des destructions des lieux de vies et des zones agricoles.

Dimanche 15 avril 2018, sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes (photo Nicolas de la Casinière)
« Résilience. Tome 2 – La Vallée trahie », page 40.

Alors, je me suis interrogée sur l’auteur de cette bédé, Augustin Lebon, un jeune auteur-dessinateur de 28 ans. Quelles pouvaient bien être ses sources d’inspiration ? Était-il un militant écologiste doté d’une boule de cristal ? Je me suis plongée dans cette interview de lui, datant de mai 2017. On y découvre qu’il a été profondément marqué en visionnant le documentaire « Solutions locales pour un désordre global », de Coline Serreau :

« Je n’en ai pas dormi de la nuit, tellement j’avais l’impression qu’on allait droit dans le mur. Ça m’a travaillé. Du coup, j’ai regardé d’autres documentaires sur le sujet, ce qui m’a poussé à accumuler pas mal de colère, face à un sentiment d’impuissance grandissant. Comme je ne pouvais pas me lancer dans la production intensive de légumes — ce n’est pas mon métier —, il fallait que je fasse quelque chose avec mes “armes”, avec ce que je sais faire. J’ai donc dû essayer de concilier cela avec mes envies d’auteur de bandes dessinées de genre. « 

Je ne sais pas si Augustin Lebon a les pouces verts et s’il ferait un bon maraîcher mais, en tout cas, c’est un sacré artiste !

Je vous fais le pitch. En l’an 2068, une multinationale d’engrais chimiques, ayant le soutien de l’État, et disposant de sa propre milice, prive la population de nourriture pendant que les sols sont de plus en plus stériles. Seule une poignée d’irréductibles, au sein du réseau Résilience, conservent des semences, les partagent et diffusent de « dangereuses » idées de liberté !

Les parallèles entre Résilience et NDDL ne sont pas nombreux, ils sont omniprésents. Surtout depuis dimanche dernier.

Nous nous étions préparés en famille pour aider à la reconstruction sur la Zad. Les vis, clous, outils, médicaments, gâteaux, etc. récupérés chez des amis du Bessin la veille, étaient bien emballés dans les sacs à dos. 12 h, dimanche, nous retrouvions Sid et tous les autres à Bellevue, sur la Zad, dans une joie collective à vous donner la chair de poule.

Dimanche 15 avril 2018, sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.
« Résilience. Tome 2 – La Vallée trahie », page 10.

Deux heures plus tard, la décision est prise de remettre, près du carrefour de la Saulce, une charpente qui vient d’être montée. Tout un symbole, après six jours de destruction. Des centaines de personnes se relayent alors pour la porter en courant à travers la forêt de Rohanne et les champs, pendant que d’autres maintiennent une chaîne humaine face à un cordon de CRS impressionnant en pleine zone humide… Quelques bombes lacrymogènes explosent malgré les milliers de personnes dispersées dans la zone. La violence est encore là.

Pendant ce temps, de l’autre côté de la barricade, les charpentiers montent l’ossature d’un futur bâtiment collectif. À quelques mètres d’eux, on chante, on danse et on se repose dans l’herbe. C’est verdoyant la Zad, Augustin ! Autant que ta vallée… mais comme dans ton histoire, la trahison se dessine.

Dimanche 15 avril 2018, sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes.
« Résilience. Tome 2 – La Vallée trahie », page 26.

La soirée approche, les soutiens venus de toute la France et d’au-delà quittent progressivement le bocage et la structure du bâtiment est déplacée de nuit, à bout de bras, à l’emplacement définitif. Une information circule selon laquelle les forces de l’ordre quittent définitivement la zone et que les habitants auront jusqu’au 23 avril pour déposer leurs dossiers en préfecture. Soulagement…

Et pourtant. Ce n’est qu’une fois rentrés à Bayeux, au petit matin, que nous avons découvert que les blindés étaient revenus, les « robocops » aussi. Ils ont tronçonné toutes les poutres assemblées la veille. Triste spectacle filmé par le drone de la gendarmerie elle-même.

Je ne sais pas, Augustin, ce que tu écriras comme suite à ton histoire. Ce dont je suis sûre, c’est que la Zad est et restera porteuse d’espoirs, d’entraide et de coopération. Elle est devenue le symbole au-delà de nos frontières, de l’autogestion et du respect de la Terre et ça, aucun blindé ne pourra le détruire. Ni aucun président.


  • Résilience. T. 2 – La Vallée trahie , d’Augustin Lebon, éditions Casterman, mars 2018, 64 p., 15,5 €.

 

 

 

 

The Walking Dead ou Black Mirror ?

Les deux séries nous projettent dans un futur proche. Entre High-Tech, Intelligence Artificielle, effondrement et sobriété, quelle direction prendrons-nous? et comment nous adapterons-nous?

 

Chers lectrices, lecteurs, petit avertissement préalable : ceci n’est ni une incitation à regarder des séries, ni une comparaison au sujet de la qualité de jeu des acteurs de chacune d’entre elles.

Pour tout vous dire, dans les premiers épisodes de The Walking Dead, la présence des zombies me gênait. Puis, comme beaucoup, je les ai progressivement oublié pour ne plus voir que l’évolution d’êtres humains au lendemain d’une catastrophe sanitaire, écologique, économique bref, au lendemain de l’effondrement de la société nord-américaine.

Diamétralement opposé en terme de futurologie, Black Mirror nous projette dans un futur proche où les objets connectés, l’intelligence artificielle, les implants sont ultra présents et dirigent nos vies au point de nous priver du piment de la vie, justement. J’en suis consciente, c’est extrêmement et grossièrement résumé, mais vous allez vite comprendre où je veux en venir.

Aucun de ces deux « univers » ne me tentent. j’ai toujours été davantage « Sarah Connor » que « Terminator » et le développement (illimité?) de l’intelligence artificielle n’est pas une évolution que je souhaite à l’espèce humaine. Quant aux survivants de l’épidémie du virus « zombifiant » , ils construisent des communautés plus ou moins bien adaptées au nouveau monde post-apocalyptique, plus ou moins pacifiques également et leur devenir collectif et individuel est assez compromis.

Il y a pourtant de très nombreux enseignements à tirer de ces deux séries qui font aujourd’hui parties des plus suivies.

Une des premières questions pourrait être : « La technologie sauvera-t-elle l’espèce humaine ? »

Les adorateurs d’Elon Musk (et ils sont nombreux) vous diront : évidemment ! puisqu’elle nous permettra d’aller coloniser Mars en laissant notre vieille planète Terre crouler sous la pollution et la radioactivité. J’ose espérer que la prise de conscience écologique radicale et mondiale arrivera suffisamment tôt pour éviter à nos enfants et petits-enfants, un voyage aller simple interplanétaire.

Sans attendre d’aller sur mars, la Big Fucking Rocket (BFR) fait briller les yeux des fans de Musk, y compris les plus fauchés, en promettant d’aller de l’autre côté de la planète en 30 minutes. Très honnêtement, je préfère la clairvoyante analyse d’Eric Vidalenc dans Alternatives Economiques :  « Plus de vitesse, c’est plus d’énergie et plus d’inégalités. Illich l’a écrit il y a plus de 40 ans dans Energie et équité. La vitesse ne peut être que le privilège de quelques-uns. L’assumer serait plus honnête plutôt que de faire miroiter des billets à prix éco ».

La technologie de demain, celle de Black Mirror, a un coût. Un coût astronomique. Pouvons nous encore nous le permettre au prix du kilogramme d’indium nécessaire aux écrans tactiles ? Les réserves s’étant vite épuisées, il faut maintenant récupérer l’indium par des procédés chers et polluants.

N’y a-t-il pas d’autres priorités pour assurer la survie d’Homo sapiens sapiens ?

En effet, les premières priorités des survivants au virus zombifiant de The Walking Dead sont : manger, avoir un toit, survivre. « Recharger son portable » n’apparaît qu’en dernière position sur la liste. Si cette série me plait, c’est parce qu’elle nous oblige à nous concentrer sur les besoins primaires, sans fioritures, sans high-tech. Les groupes qui se forment et survivent, cultivent leurs potagers, créent leur énergie, développent l’échange entre communautés. Bref, vivent de manière résiliente dans une société de low-tech. Comme celle décrite par Philippe Bihouix dans ses multiples ouvrages. Prenant le contre pied de Jérémy Rifkin qui mise plutôt sur l’internet de l’énergie, Bihouix pense que la société high-tech n’est pas viable : « La productivité elle-même est  basée sur une dépense d’énergie et de matières accrues, pas juste sur les progrès de la connaissance ou des organisations. Plus nous enrichissons nos objets, nos services et nos usines en contenu technologique, plus nous piochons dans le stock limité de ressources, et plus nous nous éloignons des possibilités d’une économie circulaire ». Et ça, les personnages de The Walking Dead l’ont bien compris !

Car une fois les zombies écartés, que reste-t-il à l’écran ? : les survivants d’un « effondrement».

Celui-ci n’aura probablement pas lieu à cause d’un virus mais de nombreuses options se profilent : crise financière liée à l’épuisement des ressources, extinction des espèces, réchauffement climatique…Pablo Servigne et Raphael Stevens ont fait des recherches sérieuses et exhaustives sur la « collapsologie » et je recommande urgemment la lecture de leur livre « Comment tout peut s’effondrer ». Seul le développement de sociétés résilientes, décroissantes, low-tech partout dans le monde, pourra empêcher cet effondrement. Certains pensent que c’est trop tard et préparent l’après. D’autres y croient encore. Quoiqu’il en soit, le pire serait de vivre dans le déni.

Pilule rouge, pilule bleue, à vous de choisir !

A vos poubelles, citoyens ! Et que vive la démocratie locale

Il y a un peu plus de deux décennies, notre pays a mis en place tout une chaîne industrielle de tri et de ramassage des ordures ménagères. Heureusement, car nous avions déjà globalement 20 ans de retard sur des pays comme le Canada ou la Suède. Autant donc ne pas accentuer davantage cet écart temporel et sociétal.

Aujourd’hui, nouvelle étape : nous en venons à affiner ce que chaque foyer va devoir payer pour que ses poubelles soient ramassées. Et c’est là que ma réflexion, et mon courroux, coucou, commencent.

Je devrais être ravie, en tant qu’écologiste, qu’il y ait une différence de traitement entre les personnes faisant attention à réduire la quantité de déchets, et celles qui prennent le sujet par dessus la jambe. Toute incitation à produire moins de poubelles est positive. Des livres et des challenges comme « famille (presque) zéro déchet » peuvent servir d’exemple à un peu de stimulation ludique ! Et s’il y a une récompense à la fin du défi, qu’elle soit financière ou pas, après tout, pourquoi pas.

Oui mais l’écologie punitive, ras le bol.

Car si les couples sans enfant à la maison, disposant d’un jardin, d’un composteur, d’une épicerie en vrac non loin, vont être les grands bénéficiaires de la tarification incitative mise en place un peu partout en France par les intercommunalités, sur préconisation du Grenelle de l’Environnement, ce ne sera pas le cas des autres. Les autres, eh bien ce sont les familles avec bébés pas encore passées à l’utilisation des couches lavables, les familles nombreuses et/ou monoparentales à faibles revenus vivant en appartements, les personnes âgées se faisant livrer leur courses par le supermarché, c’est à dire, pour résumer, une grande partie de la population française.

Et si ces personnes osent s’insurger contre ce qu’elles pensent être une profonde injustice, si elles osent comparer leurs factures actuelles avec celles à venir, si elles ont l’incroyable culot de se regrouper afin d’organiser la grogne et pour finir, si elles en viennent à se moquer des politiques ayant mis en place un tel système inique : Allez oust, direction la gendarmerie !

C’est ce qui est arrivé récemment à une de mes amies. La convocation à la gendarmerie a eu lieu juste après un post dans lequel elle exprimait sa colère à l’idée de passer de 62 à 388 euros pour le même service de ramassage de poubelles.

Que reste-t-il donc en France de notre célèbre liberté d’expression ?

Plus grand-chose. On apprend vite à se méfier de cette pseudo liberté sur les réseaux sociaux. Se lâcher peut coûter cher. Et même si les propos ne sont pas bien méchants, la plainte pour diffamation est l’arme des hommes et femmes politiques, peu sûrs d’eux, qu’ils dégainent pour faire taire illico toute les oppositions, aussi minimes et virtuelles soient-elles. Alors effectivement, si l’idée d’un rassemblement de protestation devant le siège de l’intercommunalité devient « un appel à la révolution », il est logique que les zadistes soient devenus des « terroristes » pour certains médias.

Les citoyens font donc si peur aux dirigeants politiques ?

Soyons fous ! Imaginons juste un instant un pays où les maires, conseillers territoriaux, régionaux, présidents d’intercommunalités consulteraient, avant chaque projet, les gens concernés. Quels qu’ils soient. Du coup, des assemblées locales pourraient donner leurs avis, leurs contre-projets, voire leur veto absolu si c’est nécessaire. Ce temps passé ne serait pas inutile contrairement à ce que j’entends ici ou là du côté des élus. Les concertations en amont évitent toujours les crispations en aval. Et les blocages, on sait à quel point ils peuvent faire perdre du temps, beaucoup de temps…jusqu’à 53 ans même, pour un certain aéroport !

Pour revenir à nos poubelles bien aimées, quelles solutions ?

Idéalement, si les élus pouvaient ne pas prendre leurs concitoyens – c’est à dire accessoirement aussi leurs électeurs tous les 5/6 ans – pour des ignares, ce serait un bon début. Et si ces mêmes élus agissaient un peu plus comme des « animateurs de territoire » et non comme des « notables de territoires » ce serait vraiment constructif. L’organisation (sincère) de ces concertations très tôt dans la réalisation des projets, quels que soient les budgets mis en jeu, fédéreraient élus et habitants dans un objectif commun, accepté et compris par tous. Si la sincérité est au rendez-vous, les habitants le seront aussi.

Et puis, si l’aspect social des taxes de ramassage des ordures n’était pas oublié dans les calculs des cabinets d’expertise conseillant les collectivités (en gros, si l’humain était placé avant la finance) le sentiment d’injustice et de punition qui règne aujourd’hui ne serait plus qu’un vilain souvenir.

Enfin, un peu de pédagogie ! Sans explication sur l’importance du tri des déchets, la diminution voire la suppression des emballages et les moyens pour y arriver sans difficulté, la tarification incitative n’a aucun sens.

Alors, à vos poubelles citoyens, et que vive la démocratie locale !

« Quand je serai grande, je serai Pepe Mujica »

Six mois de présidence Macron, et je sature. Chaque semaine apporte son lot d’arrogance, de mépris de classe et de mépris tout court, pour tout ce qui ne s’appelle pas « start-upper », manager, PDG, chef de projet, chef d’entreprise, auto-entrepreneur.

Ce mépris des « petits » n’émane pas uniquement de notre président mais de toute sa cour et de tous ses semblables. Mépris également de la nature, sauf si cela peut servir la communication présidentielle. Car, selon l’Élysée, « Make our planet great again », ça sonne bien dans les sommets internationaux. Je suis sincèrement attristée de voir tant de nos concitoyens gober cette communication pseudo-écologiste. Je maintiens le terme de pseudo-écologie, car il suffit pour le comprendre de regarder l’intervention de notre président devant la fédération nationale des chasseurs le 14 mars 2017. On y voit Emmanuel Macron faire rire la salle en affirmant au sujet du programme politique des écologistes : « Je me suis arrêtée à la page sur le nucléaire, ça m’a suffi. »

Tant que l’écologie rime avec « croissance » verte et « économie » circulaire, tout va bien, les mots-clés sont là. Vous aurez tous bien compris que dans l’expression « protection des zones humides », « préservation des terres agricoles », les mots-clés sont absents…

Fin novembre j’ai visionné le documentaire d’Heidi Specogna Pepe Mujica, le président et la motte de terre, sur José Mujica, président de l’Uruguay entre 2010 et 2015, surnommé affectueusement « Pepe » par les Uruguayens. J’en ai eu la chair de poule et les larmes aux yeux ou inversement, je ne sais plus.

Il faut dire que le contraste avec notre « président » était immense.

Contrairement à Emmanuel Macron, José Mujica a réellement changé la façon de faire de la politique. Il a réellement reversé 90 % de son salaire pour la construction de logements sociaux et il a réellement continué de rouler avec une vieille Coccinelle. Il n’a pas écrit de livre intitulé Révolution, il a combattu la dictature militaire uruguayenne et a été emprisonné et torturé pendant douze ans.

Mais, ce qui marque le plus profondément, c’est que cet homme citant Aristote et Borges devant les ouvriers et les paysans, est un travailleur de la terre. Sa légitimité, il la tient du sol qu’il cultive dans la ferme de sa femme, la sénatrice Lucia Topolansky. Ses célèbres métaphores renvoient souvent à des choses simples, comme le fait que l’homme soit le seul animal capable de détruire son propre environnement. Sa sagesse et sa philosophie, il a su les transmettre aux femmes et aux hommes de son pays sans les infantiliser. En luttant sans cesse contre le capitalisme et les modes de domination, quels qu’ils soient.

Le contraste entre nos deux pays se trouve aussi dans la manière de mener des réformes sociétales.

Pendant que je participais aux débats parlementaires d’une majorité soi-disant de gauche, l’Uruguay faisait sa transformation sociale : quand nos discussions s’enlisaient lamentablement sur le mariage pour tous, les députés uruguayens votaient le mariage gay, sereinement, le 12 décembre 2012. Alors que nous avons besoin d’avancer, en France sur la dépénalisation du cannabis, José Mujica a souhaité éradiquer le trafic mafieux pour protéger la jeunesse uruguayenne. La loi sur la légalisation de la vente de cannabis a été votée fin 2013.

« Les républiques n’ont pas été proclamées pour que les présidents, les sénateurs ou les ministres deviennent les nouveaux nobles »

Plus le quinquennat d’Emmanuel Macron avance plus le gouffre entre ces deux hommes m’apparaît immense. Dans la façon de concevoir le rôle des hommes et des femmes politiques également. Dans une interview accordée à Christophe Ventura pour Le Monde diplomatique en espagnol, Pepe Mujica en parle longuement :

« Même président, je n’ai jamais cessé d’être un combattant de la lutte sociale et je pense que ce qui me rend un peu différent, c’est justement cela. Je n’ai pas été avalé par la fonction. […] Les républiques n’ont pas été proclamées pour que les présidents, les sénateurs ou les ministres deviennent les nouveaux nobles. Et que le risque grandisse de les voir se préoccuper avant toute chose de leur propre avenir économique. »

Alors qu’il s’apprêtait à quitter ses fonctions présidentielles, son analyse politique rejoint l’image que j’ai aujourd’hui de la politique française :

« On commence par ne plus croire aux hommes politiques, puis aux partis. Et à la fin, c’est l’être humain qui ne croit plus en lui-même. Que reste-t-il alors ? Le nihilisme. Il semblerait que les sociétés modernes soient des sociétés désenchantées. »

Quant à son regard sur nos sociétés modernes, il est extrêmement lucide :

« Le gaspillage dans notre société de consommation, jamais satisfaite, aboutit à une perte collective de solidarité. Le monde moderne est de plus en plus riche mais chaque fois moins solidaire. »

Que de ressemblance avec le discours de Bernard Lambert [le cofondateur des Paysans Travailleurs] sur le plateau du Larzac en 1974 ! Même esprit et surtout même force.

La classe politique d’aujourd’hui devrait s’en inspirer largement. En tout cas moi, c’est décidé, quand je serai grande, je serai Pepe Mujica !

La déontologie parlementaire façon Emmanuel « Houdini » Macron : « On va tout changer pour que rien ne change »

La politique autrement, en chassant les vieilles habitudes et les privilèges des « anciens » hommes politiques, c’était un des arguments de campagne les plus forts d’Emmanuel Macron candidat, et des candidats LREM aux élections législatives.

6 mois, beaucoup de discours et de communication et … Rien. Ou si peu que ça en est devenu ridicule.

Commençons par la réserve parlementaire. J’ai découvert en septembre 2012 cette cagnotte occulte de 130 000 € annuel dont dispose chaque député et sénateur (les membres des bureaux des assemblées disposent d’une somme bien supérieure) . A partir de ce moment, j’en ai réclamé la suppression. Octroyer des subventions à des mairies et des associations en toute opacité ne servait qu’à alimenter le clientélisme. Cela ne veut pas dire qu’il fallait cesser d’aider les beaux projets de nos territoires. Il suffisait de regrouper toutes ces sommes et de les faire distribuer par des commissions adéquates disposant de critères accessibles au public et en publiant la liste des projets aidés. En attendant, pour supprimer toutes suspicions de corruption j’avais trouvé une méthode : tirer au sort chaque année 9 jurés qui pendant 1 mois étudiaient les demandes de subventions en fonction de critères disponibles sur mon site internet. A aucun moment je ne prenais part aux délibérations ni ne modifiais les décisions du jury.

Bonne nouvelle donc d’apprendre pendant la campagne que le candidat Macron souhaitait mettre fin à cette pratique d’un autre temps et unique au monde. La réserve parlementaire a donc été supprimée le 9 août par la loi sur la confiance dans la vie politique. Mais pour mettre quoi à la place ? La réponse est arrivée début novembre. Le gouvernement a décidé que 25 millions iraient aux associations et que 50 millions iraient abonder la dotation d’équipement des territoires (DETR). Soit un total de 75 millions d’euros en 2018 alors que la réserve parlementaire 2017 était de 135 millions d’euros.

La somme totale a été, par un petit tour de passe-passe, presque divisée par 2. L’État en profite pour se mettre dans la poche 60 millions d’euros qui auparavant aidaient énormément les communes rurales et les associations ; Ces dernières seront les plus impactées car elles perdront plus de 25 millions d’euros de subventions. Conclusion, aucun progrès, car les critères d’attributions de ces sommes ne sont pas publiées et certaines communes ne rentreront pas dans les « cases ». La situation est financièrement pire qu’avant surtout si vous ajoutez la fin des contrats aidés qui, sans être la panacée, permettaient justement aux communes et aux associations d’embaucher.

Le cas de la réserve parlementaire sera définitivement tranchée dans les prochains jours puisque la loi de finance est toujours en discussion au sénat où les élus ont réinjecté 36 millions d’euros dans la DETR pour compenser la fin de la réserve parlementaire. N’oublions pas que les sénateurs sont élus par les grands électeurs (les maires en majorité) et que leurs intérêts sont grands à défendre les collectivités locales, par comparaison aux associations.

 

Passons maintenant aux indemnités représentatives de frais de mandat : l’IRFM des parlementaires.

Chaque mois sur mon compte bancaire de députée je recevais la somme de 5600 € qui ne devait servir qu’aux frais liés au mandat : loyer des bureaux, frais de bouche, documents de communication, bilans de mandat, frais de ménage, de transport, d’hébergement, d’essence, frais de représentation, salaires des stagiaires, compléments de salaires des attachés parlementaires etc. Bref, toutes les dépenses liées exclusivement à l’exécution du mandat. C’est assez simple à comprendre. A la fin du mandat, nous devons rendre l’IRFM non utilisé, ce que j’ai fait.

J’ai été la seule députée en 2015 a fournir mon relevé de compte IRFM à l’Association Pour une Démocratie Directe ». En juillet 2017, à la demande de Regards Citoyens, nous étions 7 sur 577. Et pourtant c’est de transparence qu’il est question. De transparence et de contrôle. A partir du moment où il s’agit d’argent public nous devons publier ce que nous faisons avec. Cette transparence n’est pas exigée dans le texte que vient de rédiger le bureau de l’assemblée aujourd’hui 29 novembre 2017.

Alors que le gouvernement avait parlé de remboursements sur délivrance de justificatifs, comme cela se fait dans toutes les entreprises, et dans les assemblées d’autres pays comme l’Angleterre, les députés sont revenus sur cette avancée. La liste des frais qui justifient l’utilisation de l’IRFM sera écrite. Incroyable, cela correspond à ce que je vous listais 12 lignes plus haut. Les dépenses interdites l’étaient déjà et celles et ceux qui avaient un doute allaient voir le déontologue pour être « dans les clous ». Seule nouveauté, un contrôle aléatoire aura lieu 1 fois pendant le mandat. Je vous laisse imaginer la tranquillité des députés qui seront contrôlés la 1ère année. Les scandaleuses dérives que l’on a vu chez certains députés auront encore la vie longue Et le magicien Emmanuel « Houdini » Macron aura réussi à faire croire à tout un pays que nous allions passer dans le nouveau monde de l’éthique et de la transparence.

En marge de ces non-réformes de perlimpinpin, je vais tenter de finir sur une note positive

Le grand nombre de femmes siégeant à l’assemblée, grâce surtout aux députées LREM, qui ont fait grimper le pourcentage de femmes dans l’hémicycle de 27 à 38%. On pourrait s’arrêter à ce chiffre là, comme beaucoup ont fait, et crier vive Macron ! Mais en regardant de plus près, on s’aperçoit que début juillet le temps de parole des femmes dans l’hémicycle était de 3,58 %. N’oublions pas non plus que « présidente de groupe » est une expression qui n’existe pas. Ma remarque vaut pour tous les groupes parlementaires d’ailleurs. Enfin, les pénalités financières infligées aux partis politiques qui ne présentent pas autant de femmes que d’hommes aux législatives ont doublé entre 2012 et 2017. D’où l’apparition soudaine, chez les responsables de partis, d’un vif intérêt pour la parité en politique.

J’ai donc beaucoup de mal à dire ce soir que nous avons progressé sur le fonctionnement de nos institutions. Je pense que nous assistons même dans certains cas à des régressions, notamment sur le montant de la réserve parlementaire et à ses conséquences sur le terrain. Grâce à la magie verbale de notre cher président, ceux qui ont voté pour un changement dans les pratiques politiques et la fin des privilèges n’y verront peut-être que du feu. Quant à moi, ma déception est grande, même si je n’attendais pas à grand-chose, car le combat pour plus de transparence et d’éthique a été le mien pendant 5 ans à l’Assemblée Nationale.

Et si, en 2017, le summum du modernisme était d’être décroissant écologiste ?

À en croire la publicité, être moderne serait de changer d’appareil dès qu’un nouveau modèle se présente ou chercher à obtenir un service le plus rapidement possible. Les écolos, qui ne rêvent que de retourner à la bougie, seraient donc loin de l’être. Pourtant, le moderne n’est pas celui que l’on croit…

Publié sur Reporterre.net le 17 novembre 2017

Qu’est-ce qu’être moderne en 2017 ? J’ai posé cette question aux personnes présentes aux 50 ans de l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria) à Lille le 6 octobre dernier, des informaticiens en majorité donc. Le thème était « environnement et numérique ». J’avais l’intention de valoriser les modélisations et les projections environnementales en tant qu’aide aux décisions prises par les élus, qu’ils soient locaux ou nationaux. J’ai alors volontairement digressé sur la justification des choix d’aménagement du territoire faits par ces élus. Si vous regardez bien, il leur suffit d’utiliser les mots « innovation » et « modernisme », mots clés indispensables, pour que leurs conseils et leurs administrés valident leurs projets, sans chercher à en savoir plus.

Parallèlement, tous les militants écologistes ont souvent entendu la célèbre phrase : « Vous, les écologistes, vous êtes pour le retour à la bougie. » Ce qui signifie évidemment que les écologistes ne sont pas du tout modernes et n’aiment pas, en bloc : la technologie, la domotique, le high-tech, le nucléaire, les start up, les TGV et l’agriculture « de pointe ». Cette liste n’est pas exhaustive.

J’ai aujourd’hui la sensation qu’il y a urgence à questionner cette notion de modernisme, sésame qui justifie apparemment tout et qui permet de se passer d’autres arguments.

Résister aux injonctions commerciales permanentes

Depuis plusieurs décennies, plus de 50 ans pour certains, une multitude de lobbies extrêmement puissants, celui du nucléaire, du bétail et des viandes, des semenciers, des Gafa (Google, Apple, Facebook, Amazon) dépensent des milliards par le biais de la publicité pour vous convaincre qu’être moderne, c’est renouveler ses appareils ménagers tous les 5 ans, car ils sont rendus impossibles à réparer vous-même. C’est voyager en TGV car le temps est compté lorsque vous traversez la moitié de la France. Si vous prenez votre voiture, les autoroutes sont là pour vous, même si elles vous coûtent aujourd’hui autant que l’essence que vous consommez, alors qu’elles ont été rentabilisées depuis belle lurette. Mais une heure, c’est une heure, et puis c’est tout. Votre temps est tellement compté et c’est tellement innovant, que vous allez laisser un employé d’Amazon entrer chez vous, caméra au casque, pour déposer un colis, ce qui vous évitera de passer au bureau de poste le lendemain. Votre temps est tellement compté que vous appelez un livreur à vélo payé 3 € de l’heure, pour vous apporter votre dîner. De toute façon tout ceci n’est vraiment pas grave pour la planète, puisqu’avec votre nouveau compteur intelligent, vous allez économiser de l’énergie en « optimisant votre consommation d’électricité », et tant pis si, au passage, vos données personnelles sont revendues par Enedis. Après tout, vous avez laissé rentrer chez vous le livreur d’Amazon, alors bon… Et tant pis si les normes françaises concernant les ondes électromagnétiques de votre compteur n’ont rien à voir avec celles de nos voisins allemands… puisqu’on vous dit que le Linky c’est moderne !
Il faut à la fois une sacrée volonté et une forte conscience politique pour résister aux injonctions commerciales permanentes. Et pourtant, nous sommes nombreux à choisir de faire ce pas de côté. Je suis agréablement surprise de voir depuis quelques années une multitude de jeunes gens, souvent diplômés, quitter la voie tracée pour eux par le monde de la finance et des multinationales régissant notre société.

« Le libéralisme n’est pas compatible avec l’écologie »

Ils se forment à la permaculture et/ou glanent une partie de leur nourriture, voyagent en stop, se regroupent dans des écolieux, limitent leur consommation de viande et réapprennent les gestes des métiers manuels tout en restant des geeks connectés, se transmettant leur savoir grâce aux logiciels libres. Et, crème sur la purée, comme disent les Suédois, ils revendiquent le droit à fabriquer leur propre énergie. Nous sommes vraiment très loin de la bougie.

L’écolieu de l’île du Platais, dans les Yvelines, ouvert par le collectif Mainstenant.

Selon la définition du Larousse, être moderne c’est être « de son temps, appartenir au temps présent ». Et justement, aujourd’hui, nous savons que nous consommons l’équivalent de 2,7 planètes, comme si les ressources naturelles étaient inépuisables. Aujourd’hui, nous avons cette connaissance. Être moderne, c’est vivre en ayant intégré ce savoir et corriger le tir de nos sociétés de consommation obsolètes, puisqu’elles nous disent de faire tout le contraire. Être moderne, c’est essayer de laisser une empreinte la plus faible possible sur terre, tendre au zéro déchet, fabriquer de l’électricité localement via les énergies renouvelables, s’alimenter localement avec de la nourriture produite sans pesticides et refuser les transports en bus quand la ligne de train existe ! Les multinationales elles-mêmes l’ont déjà intégré. Pourquoi, sinon, autant d’écoblanchiment, allant des faux labels aux subventions versées aux festivals, événements et fondations « nature » ? Mais le libéralisme repeint en vert reste du libéralisme…

Chers lecteurs, Nicolas Hulot avait raison il y a quelque temps dans Osons ! en écrivant que « le libéralisme n’est pas compatible avec l’écologie ». C’était tellement vrai qu’il ne l’a plus répété depuis ! Donc, si on suit notre raisonnement, le libéralisme n’est pas moderne.

Et si, en 2017, le summum du modernisme était d’être décroissant écologiste ?

Être éco-anarchiste, ça veut dire quoi ?

Au micro d’Hervé Kempf pour Reporterre.net